Topologie dans les espaces vectoriels normés, cours de premier cycle universitaire

F.Gaudon

2 août 2005

Table des matières

1 Espaces vectoriels normés
 1.1 Distance, norme
 1.2 Équivalence de normes
2 Ouverts et fermés d’un espace vectoriel normé
 2.1 Boules et sphères
 2.2 Ouverts, fermés
 2.3 Voisinages
 2.4 Ouverts et fermés relatifs
3 Ouverts et fermés fondamentaux
 3.1 Intérieur, adhérence
 3.2 Parties denses
4 Indépendance par rapport aux normes

Dans la suite, K désigne le corps R ou le corps C et E est un K-espace vectoriel.

1 Espaces vectoriels normés

1.1 Distance, norme

Définition :


Une application d : E × E --> K est une distance si :

  •  A x,y  (- E d(x; y) = 0 <==> x = y
  •  A x,y  (- E d(x; y) = d(y; x)
  •  A x,y,z  (- E d(x; z) < d(x; y) + d(y; z) (inégalité triangulaire)

Définition :


Une application |||| : E × E --> K est une norme si :

  •  A x  (- E||x|| = 0 <==> x = 0
  •  A cinK  A x  (- E ||cx || = |c |||x||
  •  A (x; y)  (- E2 ||x + y ||<||x || + ||y| (inégalité triangulaire)

Proposition :


 A x  (-  E,  A y  (-  E, |||x|| - ||y|| |< ||x + y ||

Exemples :

Soit {e1; e2; ...; ed} la base canonique de R, sur R|>< on définit pour tout x  (- R|>< avec x = x1e1 + x2e2 + ... + xded les normes suivantes :

Définition :


Un espace vectoriel E sur lequel est défini une norme est appelé espace vectoriel normé.

On note alors (E; || ||).


Définition :


On appelle distance induite par une norme sur un espace vectoriel normé (E,|| ||) la distance d définie par  A x,y  (- E d(x; y) = ||x - y ||.


1.2 Équivalence de normes

Définition :


Deux normes |||| et N sur E sont dites équivalentes s’il existe (m; M)  (- R+*/ A x  (- E,m||x||< N(x) < M||x||


Théorème :


Dans un espace vectoriel normé de dimension finie, toutes les normes sont équivalentes.


preuve (peut être omise en première lecture) :

Soit E un espace vectoriel de dimension finie d et |||| une norme sur E. Il suffit de démontrer qu’elle est équivalente à la norme ||||1.

Soit {e1; e2; ...; en} une base de E.

 A x  (- E,x =  sum i=1dx iei on a : ||x|| = || sum i=1dxiei||< sum i=1d|x i|||ei||< ( sum i=1d|x i|)max{||ei||/i  (- {1; ...; d}}.

On pose M = max{||ei||/i  (- {1; ...; d}}. D’où ||x||< M||x||1.

D’autre part ||||1 est continue sur sur la sphère unité S1 pour la norme ||||1 donc  E m  (- R+*/m = inf{||x|| 1/x  (- S1}.

Pour x  (- E on a alors ||xx||-
   1  (- S1 donc ||||xx||-
   1||> m c’est à dire ||||xx||||-
   1 > m et ||x||> m||x||1.

Remarque :

2 Ouverts et fermés d’un espace vectoriel normé

Dans ce qui suit, E est un espace vectoriel normé (E; ||||).

2.1 Boules et sphères

Définition :


Soient a  (- E et r  (- R+. On appelle :

  • boule ouverte de centre a et de rayon r l’ensemble :
    B(a; r) = {x  (-  E /||x - r ||>  r}
  • boule fermée de centre a et de rayon r l’ensemble :
    B(a; r) = {x  (-  E |x-  r||<  r}
  • sphère de centre a et de rayon r l’ensemble :
    S(a; r) = {x  (-  E ||x- || = r}

Définition :


  • Une partie A est dite bornée si elle est incluse dans une boule ouverte, c’est à dire si  E a  (- E  E r > 0 A < B(a; r).
  • Si A est une partie bornée, sup ||x-  y|| / (x; )  (- A est appelé le diamètre de A.

2.2 Ouverts, fermés

Définition :


  • Une partie A est dite ouverte si chacun de ses points est le centre d’une boule ouverte contenu dans A, c’est à dire si
     A x  (-  A  E r > 0 B(x; r) < A
    On dit aussi que A est un ouvert de E.
  • Une partie F est dite fermée si son complémentaire dans E est une partie ouverte de E. On dit aussi que F est un fermé de E.

Exemples :

Preuve :

En effet, soit B(a; r) une boule ouverte de centre a et de rayon r. Pour tout point x de B(a; r), on a ||x - a|| < r. Il existe donc e > 0 tel que ||x - a|| + e < r( prendre e = r-||x-a||
   2). Par suite, pour tout y appartenant à B(x; e), on a

||a-  y|| < ||a - x ||+ || x-  y|| < ||x - a|| + e < r
donc y  (- B(a; r) d’où B(x; e)  (- B(a; r). Ceci justifie que pour tout point de B(a; r), il existe une boule ouverte centrée en ce point et incluse dans B(a; r) donc B(a; r) est un ouvert.

Proposition :


  • Pour tout ensemble I et toute famille (Oi)i (- I d’ouverts de E,  U i (- IOi est un ouvert.
  • Pour toute famille finie (Oi)i (- {1;...;n} d’ouverts,  /~\ i=1nO i est un ouvert.
  • Pour toute famille finie (Fi)i (- {1;...;n} de fermés,  U i=1nF i est un fermé.
  • Pour tout ensemble I et toute famille (Fi)i (- I de fermés de E,  /~\ i (- IFi est un fermé.

Preuve :

2.3 Voisinages

Définition :


Soit a  (- E. On dit qu’une partie V de E est un voisinage de a dans E s’il existe un ouvert O contenant a et inclus dans V ou, de manière équivalente, si

 E r > 0 B(a;r) < V
On notera VE(a) l’ensemble des voisinages de a.

Preuve :

Si V est un voisinage de a alors il existe un ouvert O contenant a et inclus dans V . Or O étant ouvert et contenant a, il existe par définition d’un ouvert, une boule ouverte de centre a contenue dans O. En appelant r son rayon on a la première implication.

Réciproquement, s’il existe une boule ouverte de centre a et de rayon r > 0 contenue dans V , comme une boule ouverte est un ouvert, V contient bien un ouvert contenant a.

Propriétés :


Soit a  (- E.


Preuve :

Proposition :


Une partie A de E est un ouvert si et seulement si A est un voisinage de chacun de ses points.


Preuve :

Immédiat.

Définition :


Soient A une partie de E et x  (- E.

  • x est un point d’accumulation de A si tout voisinage de x dans E a son intersection avec A non réduite à x, c’est à dire
     A V  (-  VE(x), V  /~\  A - x /= Ø
  • x est un point isolé de A s’il existe un ouvert O de E contenant x et dont l’intersection avec A se réduit à x, c’est à dire O  /~\ A = {x}.

Proposition :


Soient A une partie de E et x  (- A. Il y équivalence entre :

  • x est un point d’accumulation de A dans E.
  • Il existe une suite d’éléments de A -{x} convergeant vers x.
  • Tout voisinage de x contient une infinité de points de A.

2.4 Ouverts et fermés relatifs

Définition :


Soit A une partie de E.

  • Une partie O de A est dite ouverte dans A s’il existe un ouvert U de E tel que O = U  /~\ A.
  • Une partie F de A est dite fermée dans A s’il existe un fermé W de E tel que F = W  /~\ A.

3 Ouverts et fermés fondamentaux

3.1 Intérieur, adhérence

Définition :


Soient A une partie de E et a un point de A.

  • On dit que a est un point intérieur à A si il existe un voisinage de a contenu dans A.
  • On appelle intérieur de A et on note  o
A l’ensemble des points intérieurs à A.
  • On dit que a est un point adhérent à A si tout voisinage de a dans E est d’intersection non vide avec A.
  • On appelle adhérence de A et on note A l’ensemble des points adhérents à A.

Proposition :


  • L’intérieur d’une partie A est :
    • la réunion des ouverts contenus dans A ;
    • le plus grand ouvert contenu dans A.
  • L’adhérence d’une partie A est :
    • l’intersection des fermés contenant A ;
    • le plus petit fermé contenant A.

Proposition :


Soient A, B deux parties de E. On a :

  • A est un ouvert si et seulement si o
A = A.
  • A est un fermé si et seulement si A = A.
  • A = A
  • A < B ==>A <B
  • A  U B = A  U B
  • A  /~\ B <A  /~\ B
  • o
o
A =  o
A
  • A < B ==> o
A < o
B
  •    o
A  /~\  B = o
A  /~\ o
B
  • o
A  U o
B <   o
A   U  B

Définition :


On appelle frontière d’une partie A le complémentaire de l’intérieur de A dans l’adhérence de A, c’est à dire :

              o
F r(A) =  A-  A

3.2 Parties denses

Définition :


Une partie A est dite dense dans E si son adhérence est égale à l’espace E, c’est à dire si A = E.


Exemple :

Q est dense dans R.

4 Indépendance par rapport aux normes

Remarque :

Les boules, les ouverts, les fermés, les points adhérents ou intérieurs à une partie sont définis à partir d’une norme pour un espace vectoriel normé.

Or, un espace vectoriel normé peut être muni de plusieurs normes.

Il se pose alors la question de savoir si le fait de changer de norme changera la nature des objets ainsi définis.

On a vu que toutes les normes sont équivalentes dans un espace vectoriel normé de dimension finie, cela signifie que la notion d’ouverts, de fermés, de points adhérents, de points intérieurs, mais aussi de limite de suites dépend uniquement de l’espace et pas de la norme choisie.

Cela permet en particulier de choisir la norme la mieux adaptée à la situation étudiée.