Etude de suites définies par différents types de récurrence

F.Gaudon

2 août 2005

Table des matières

1 Suites arithmétiques
2 Suites géométriques
3 Suites arithmético-géométriques
4 Suites récurrentes linéaires
5 Suites récurrentes
 5.1 Monotonie
 5.2 Etude de la convergence

Dans ce qui suit, on considère un corps K = RouC.

1 Suites arithmétiques

Définition :


Une suite arithmétique est donnée par son premier terme u0 et sa raison r :

    A n  (-  N, u  = u  +  r
{           n+1     n
   u0  (-  K

Proposition :


  •  A n  (- N,un = u0 + nr
  • u0 + u1 + ... + un = (n + 1)u0 + rn(n+1)
   2 = (n+1)(u0+un)
     2

Preuve :

Par récurrence, les deux propriétés sont trivialement vraies au rang n = 0. Si elles sont vraies au rang n  (- N, on a : un+1 = un + r = u0 + nr + r = u0 + (n + 1)r et u1+...+un+1 = (n+1)u0+rn(n2+1)+un+1 = (n+1)u0+rn(n+21)+u0+(n+1)r = (n + 2)u0 + rn(n+1)
  2 + r2(n+1)-
  2 = (n + 2)u0 + (n+1)(n+2)
    2 Donc les propriétés sont vraies au rang n + 1 et par récurrence, elles sont donc vraies pour tout n  (- N.

2 Suites géométriques

Définition :


Une suite géométrique est donnée par son premier terme u0 et sa raison q (non nulle en général) :

{
   A n  (-  N,un+1 = qun
  u0  (-  K

Proposition :


  •  A n  (- N,un = qnu 0
  • u0 + u1 + ... + un = {  (n +1-1q)nu+01  si q = 1
   u0 -1-q--  si q /= 1 Cette somme converge si et seulement si |q| < 1. La limite de la somme vaut alors u0-
1- q.

Preuve :

Par récurrence. Les deux propriétés sont vraies au rang n = 0. Supposons qu’elles sont vraies à un rang n  (- N. On a alors un+1 = qun = qqnu 0 = qn+1u 0 d’une part. D’autre part, si q = 1, on a u1 + ... + un+1 = (n + 1)u0 + un+1 = (n + 1)u0 + u0 = (n + 2)u0 et si q/=1, on a u1 + ... + un+1 = u01-qn+1
--1--q- + un+1 = u01- qn+1
-1-q-- + qn+1u 0 = u0(1--qn+1-
 1-q + (1-q)qn+1
   1-q) = u01--qn+2
  1-q. Les deux propriétés sont donc vraies au rang n + 2 et par récurrence elles sont vraies pour tout n  (- N.

3 Suites arithmético-géométriques

Définition :


Une suite arithmético-géométrique est définie par :

{   A n  (-  N,un+1 = aun + b
   u0  (-  K
avec b/=0 et a/=1, sinon on retrouve les suites précédentes.

Définition

Une suite particulière est obtenue pour la suite constante l telle que l = al + b. Cette valeur l est d’ailleurs la limite éventuelle de la suite si elle converge. Soit (vn)n la suite auxiliaire définie par :  A n  (- N,vn = un - l
On a alors :  A n  (- N,vn+1 = avn. Autrement dit, la suite (vn)n est une suite géométriques de raison a. On a vn = anv 0 et un = l + an(u 0 - l).

La suite converge donc ssi |a| < 1 ou u0 = l.

4 Suites récurrentes linéaires

Définition :


Une suite récurrente linéaire est définie par :

    A n  (-  N,u   =  au    + bu
{            n+2     n+1     n
   u1  (-  K
   u2  (-  K
avec b/=0

Les suites géométriques rn non nulles solution de cette récurrence vérifient : r2 = ar + b. Soit r solution (éventuellement complexe). Cherchons les autres solutions sous la forme : un = vnrn. On obtient :

v   r2 = arv    +  bv
 n+2         n+1     n
<==>  vn+2(ar + b) = arvn+1 + bvn
<==>  (ar + b)(vn+2 - vn+1) = - b(vn+1 - vn)
Donc la suite vn+2 -vn+1 est une suite géométrique de raison --b-
ar+b ou -b
r2 ou enfin r'/r si r’ est l’autre racine. On a donc : vn - vn-1 = C( '
rr)n, où C est une constante. On en déduit que : vn = C(r'
r)n + C(r'
 r)n-1 + ... + C(r'
r) + v0.

proposition :


Soit la relation de récurrence un+2 = aun+1 + bun. On associe à cette relation l’équation caractéristique r2 = ar + b. L’ensemble des suites solutions forme un espace vectoriel de dimension 2 dont une base est :

  • si le discriminant est non nul : (r1n) n et (r2n) nr1 et r2 sont solutions de l’équation caractéristique. Dans le cas d’un discriminant négatif sur R, on prend (Im(r1n)) n et (Re(r1n)) n ;
  • si le discriminant est nul : (rn) n et (nrn) nr est racine double de l’équation caractéristique.

preuve :

Posons S = {(un)n/ A n  (- N,un+2 = aun+1 + bun}S est un sous-espace vectoriel de l’espace vectoriel des suites. Cet espace est de dimension 2. En effet, considérons les deux suites particulières U et V éléments de S, définies par U0 = 1 et U1 = 0,V 0 = 0 et V 1 = 1. On prouve facilement par récurrence que toute suite u de S s’écrit : u = u0U + u1V Cette décomposition est unique. Ceci prouve que (U; V ) constitue une base de S. Cette base est malheureusement de peu d’utilité car elle ne permet pas de calculer le terme général de la suite. Cherchons donc une autre base. Cherchons les éléments de S qui sont des suites géométriques (rn)n. r doit alors vérifier :

r2 = ar + b
Cette équation est appelée équation caractéristique associée à la suite.

Plusieurs cas sont à considérer :

Exemples :

5 Suites récurrentes

Définition :


Une suite est dite récurrente si elle est définie par : un+1 = f(un) pour tout n  (- N et u0  (- I où I est un intervalle de R et f est une fonction définie et continue sur I. De façon que la suite soit définie pour tout n, nous supposerons que f(I) est inclus dans I.


Dans la suite, on se donne une suite (un)n définie par :

{  u0  (-  I
   u    =  f(u ) si n > 0
     n+1      n
f est une fonction définie sur une partie I de R et à valeurs dans I.

5.1 Monotonie

Proposition :


Si f est croissante sur I alors (un)n est monotone :

  • (un)n est croissante si f(u0) > u0
  • (un)n est décroissante si f(u0) < u0

Preuve :

Montrons par récurrence que pour tout n  (- N, u(n + 1) - un est du signe de u1 - u0.
C’est vrai pour n = 0 de manière évidente, supposons la propriété vraie pour un rang n. On a alors :

un+2 - un+1 = f (un+1)-  f(un)
qui est du signe de un+1 - un puisque f est croissante. Par hypothèse de récurrence un+1 - un est du signe de u1 - u0 donc un+1 - un est du signe de u1 - u0.

Proposition :


Si f est décroissante, alors les deux suites extraites (u2n)n et (u2n+1)n sont monotones de sens opposé.


preuve :

Si f est décroissante, f o f est croissante donc par la proposition précédente (u2n)n et (u2n+1)n sont monotones. On a en outre u2n+2 - u2n qui est du même signe que u2 - u0 et u2n+1 - u2n-1 de même signe que u3 - u1. Si f o f(u0) > u0 alors u2 - u0 > 0 et f o f(f(u0)) < f(u0) donc u3 - u1 < 0 donc (u2n+1)n est croissante et (u2n)n est décroissante. Si f o f(u0) < u0, (u2n)n est décroissante et u2n+1)n est croissante.

5.2 Etude de la convergence

On suppose dans la suite que f est continue d’un intervalle I fermé dans lui-même.

Proposition :


Si (un)n converge vers l, alors l  (- [a; b] et f(l) = l.l est donc un point fixe de f.


Preuve :

Par continuité de f, si (un)n converge vers l, alors (f(un)n) converge vers f(l), Mais f(un) = un+1 donc par unicité de la limite l = f(l).

Conséquence :

Si f n’a pas de point fixe, (un)n diverge.

Remarques :

Dans la suite, on supposera I fermé borné, i.e. I = [a; b] avec a < b.

Proposition :


On suppose f croissante sur I :

 A u0  (- I, (un)n est monotone et converge vers l’un des points fixes de f.


Preuve :

On a vu que f admet au moins un point fixe, que (un)n est monotone. Comme elle est bornée, elle admet donc une limite qui ne peut-être qu’un point fixe de f.

Remarque :

Si f est strictement décroissante, f admet un unique point fixe, envisager la convergence de la suite (un)n.

Preuve :

On a vu que f admet un point fixe. Montrons qu’il est unique. Si l1 et l2 sont deux points fixes distincts, on peut supposer l1 < l2 et on a alors f(l1) > f(l2) puisque f est strictement décroissante. Or pour i  (- {1; 2}, f(li) = li donc l1 > l2 ce qui est absurde et montre l’unicité.

Proposition :


On suppose f k-contractante sur I, c’est à dire  A (x; y)  (- I2 |f(x) - f(y)|< |x - y|. Alors f admet un unique point fixe l et  A u0  (- I, (un)n converge vers l.


preuve :

Sous réserve d’existence, montrons d’abord l’unicité. Si l1 et l2 sont deux points fixes pour f on a donc f(l1) = l1 et f(l2) = l2. Par suite ||l1 - l2|| = ||f(l1) - f(l2)||< k||l1 - l2|| donc (1 - k)||l1 - l2||< 0 ce qui impose  l1 - l2|| = 0 d’où l’unicité. Pour l’existence, soit (un)n la suite définie précédemment. Montrons qu’elle est de Cauchy. Soient donc n et p entiers :

                 sum 
||un -  up||  = ||   pl-=10 un+l+1-  un+l||
            <  sum p -1||un+l+1 - un+l||
               sum p l=-01
            =    sum l=p0-||1f (un+l) - f (un+l- 1)||
            < k   l=0 sum  ||un+l-  un+l-1||
            < ... <   pl-=10 kn+l-1||u1 - u0||
            = kn- 1 sum p - 1kl||u - u ||
               n- 11-lk=p0     1    0
            = kn-1 1-k ||u1 - u0||
            <  k1-k|| u1-  u0||
quantité qui tend visiblement vers 0 quand n tend vers  oo indépendamment de p. Donc la suite (un)n est de Cauchy dans I complet et par conséquent elle converge vers une limite l. On a :  A n  (- N||l - f(l)|| = ||l - un+1 + f(un) - f(l)||<||l - un+1|| + ||f(un)f(l)||< ||l - un+1|| + k||un - f(l)||. Comme (un)n converge vers l, cette quantité peut donc être rendue aussi petite que l’on veut et par conséquent l = f(l).